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@@ -216,18 +216,39 @@ A partir de la page 16, Camerini cherche à placer la *Lettre 12* et la figure d
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Il se trouve que Leibniz lira et commentera une copie de la *Lettre 12*, et qu'il posera à Tschirnhaus une question que Tschirnhaus posera à son tour à Spinoza dans la *Lettre 80*. Lorsqu'il annote la *Lettre sur l'infini*, Leibniz comprend que l'exemple des cercles concentriques porte sur les variations de la matière, il fait lui-même référence à Descartes, il reformule les distinctions apportées par Spinoza sous sa propre classification, et il pose une critique de l'affirmation de Spinoza selon laquelle l'infini des variations de la matière ne se déduit pas \say{de la multitude des parties}[^lettre-num-impossible]. Camerini refomule l'objection ainsi : \say{Pourquoi Spinoza affirme-t-il que l’espace à l’intérieur des cercles dépasse chaque nombre mais pas en raison de la multitude de ses parties ?}. C'est cette question que Tschirnhaus pose à Spinoza dans la *Lettre 80*.
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Quand Spinoza répond, dans la *Lettre 81*, à cette objection, il argumente que l'on ne peut pas déduire l'aspect innombrable de l'espace de la multitude de ses parties parce que si on le faisait, on devrait tirer de l'infinie multitude des parties le fait qu'elles recouvrent tout l'espace (elles seraient alors infinies dans leur genre, et plus infinies malgré des limites). Pour Spinoza, il est inconcevable qu'une infinité de parties soit contenue dans un espace non-infini. Dans le cas des deux cercles, Camerini explique que \say{ce n’est pas l’ensemble des parties [...] qui détermine leur non-mesurabilité, mais leur variation infinie [...]}. Cela fait apparaître un point de désaccord entre Leibniz et Spinoza : pour Leibniz, on peut concevoir sans contradiction une multitude infinie de partie comprise dans une limite.
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Dans une œuvre plus tardive (le *Pacidius Philalethi*), Leibniz s'attaque à deux problèmes sur l'infini :
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- Le \say{paradoxe de Galilée}, qui consiste à mettre en correspondance biunivoque les nombres naturels et leurs carrés — ce qui suggère qu'il y a autant de nombre naturels que de nombre carrés — et à remarquer en même temps que, aussi grand que l'on choisisse $n$, les nombres carrés en dessous de $n$ seront moins nombreux que les nombres naturels en dessous de $n$ — ce qui suggère une différence quantitative entre les deux ensembles de nombres. Leibniz réponds en acceptant l'existence d'infinis plus grands que les autres, mais en niant la possibilité d'un *nombre de tous les nombres*, qui serait contradictoire.
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- Le problème de la division infinie de la matière posé par Descartes. Leibniz, comme Spinoza, accepte et affirme la division infinie actuelle de la matière dans ce cas. Il ajoute à sa figure une ligne $f, e, g$ qui s'enroule sur un demi-tour (voir \figref{fig:cercles-leibniz}), qui lui permet de formuler l'infinie variation en termes de points sur cette ligne : \say{le long de la ligne $gef$, on ne peut prendre aucun point qui ne soit mû selon son propre degré de mouvement, différent de la vitesse de tout autre}, autrement dit, sur la ligne $gef$, tous les points ont leur vitesse deux-à-deux distinctes.
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Leibniz développe sa vision de l'infini actuel dans la division de la matière, notamment en critiquant la conception de Descartes qui pose la matière comme infiniment divisible, divisible jusqu'en parties minimes, jusqu'à se \say{dissoudre en poussière}. A la vision d'une division nette, qui va jusqu'à diviser la matière en points, il oppose l'image du pli dans un tissu : même si l'on introduit un nombre infini du plis dans un tissu, celui-ci ne se découpera pas en points. Pour cela, il remplace le corps parfaitement fluide de Descartes, qui entraîne les problèmes de division infinie, par un corps flexible mais résistant, aux parties plus ou moins distandues ou pliées mais toujours unies entre elles. On pourrait utiliser l'image suivante : d'un côté, Descartes pense des fluides parfaits comme des empilements de billes rigides mais aussi petites que nécessaire pour leur "écoulement" ; d'un autre, Leibniz considère des corps flexibles comme des sortes de mousses dont les bulles sont aussi petites que nécessaire, et peuve s'étendre et se contracter, tout en gardant un lien, une tension, avec leurs voisines.
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\begin{figure}[h]
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\center
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\resizebox{!}{4cm}{\input{figures/cercles-leibniz.tikz}}
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\caption{reproduction de la figure de Leibniz}
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\label{fig:cercles-leibniz}
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\end{figure}
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Comme Spinoza, Leibniz concoit une division actuelle infinie de l'espace. Aucun des deux n'accepte pourtant de composer l'espace d'éléments discrets et séparés. Camerini résume cela ainsi :
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\begin{displayquote}
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Pour Leibniz, il n’y a pas de portion minimale du continu qui ne possède en elle-même une infinité de plis ou de différences supplémen- taires. Ainsi, comme pour Spinoza, dans chaque portion d’espace, si petite qu’elle soit, on trouvera toujours une multitude d’inégalités et de différences qui dépasse tout nombre.
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\end{displayquote}
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Il serait intéressant relier ces considérations à ce que Spinoza explique dans son *Abrégé de physique*[^abr-physique], où il distingue les corps composés (corps formés d'une unions de corps) et les corps simples, qui composent les corps composés. Au regard de notre analyse de la *Lettre 12*, on ne peut pas y voir une forme d'atomisme (qui donnerait une taille minimale fixe aux corps simples), et il semble également difficile d'analyser les corps simples comme infinitésimaux, étant donné l'objection que Spinoza donne dans la *Lettre 81*. Gilles Deleuze propose de partir du Lemme 1 : \say{Les corps [simples] se distinguent entre eux par le mouvement et le repos, la vitesse ou la lenteur [...]} pour affirmer que les corps simples se distinguent *exclusivement* sous ces rapports de mouvement, repos, vitesse ou lenteur, et donc en particulier pas sous des rapports de grandeur ; pour lui, seuls les corps composés (qui sont composé d'une grande multitude de corps simples, cette multitude même qui ne peut être exprimée par aucun nombre) ont une grandeur ou une figure[^deleuze1]. En cela, il s'oppose à Gueroult, qui donne une grandeur aux corps simples[^gueroult-grandeur-corps-simples], car il les considère individuellement. Au contraire, Deleuze affirme : \say{Les corps simples vont par infinités, [...] vous ne pouvez pas parler d'\emph{un} corps simple, sauf par abstraction, une abstraction dénuée de } On gagnerait
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[^ppc-division-vitesse]: [Principes de la philosohie de Descartes, Partie II, Axiome XVI, @spinoza-pleiade p.228]
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[^4]: [@camerini-lettre12, p.16]
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[^5]: [@camerini-lettre12, p.14]
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[^lettre-num-impossible]: [Lettre 12, partie 2, @spinoza-pleiade p.1079]
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[^lettre-p1]: [Lettre 12, partie 2, @spinoza-pleiade p.1074]
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[^abr-physique]: Dans l'Éthique, après la proposition 13 partie II [@ethique-rovere pp.221-235].
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[^deleuze1]: voir le cours du 10 février 1981 [@sur-spinoza-deleuze pp.343-347]
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[^gueroult-grandeur-corps-simples]: [@spinoza-II-gueroult-1997 p.161]
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Dans une œuvre plus tardive (le *Pacidius Philalethi*), Leibniz s'attaque à deux problèmes sur l'infini :
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- Le \say{paradoxe de Galilée}, qui consiste à mettre en correspondance biunivoque les nombres naturels et leurs carrés — ce qui suggère qu'il y a autant de nombre naturels que de nombre carrés — et à remarquer en même temps que, aussi grand que l'on choisisse $n$, les nombres carrés en dessous de $n$ seront moins nombreux que les nombres naturels en dessous de $n$ — ce qui suggère une différence quantitative entre les deux ensembles de nombres. Leibniz réponds en acceptant l'existence d'infinis plus grands que les autres, mais en niant la possibilité d'un *nombre de tous les nombres*, qui serait contradictoire.
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- Le problème de la division infinie de la matière posé par Descartes.
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# Critique
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# Bibliographie
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Binary file not shown.
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langid = {french}
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@book{spinoza-II-gueroult-1997,
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title = {Spinoza. {{II}}, {{L}}'âme},
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author = {Gueroult, Marial},
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date = {1997},
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origdate = {1974},
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series = {Philosophie},
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edition = {Aubier-Montaigne}
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}
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@book{spinoza-pleiade,
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title = {Œuvres complètes},
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author = {Spinoza},
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file = {/Users/oscarplaisant/Zotero/storage/4LEJY994/Enregistrements.html}
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@book{sur-spinoza-deleuze,
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title = {Sur Spinoza},
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author = {Deleuze, Gilles},
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date = {2024},
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origdate = {1980/1981},
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publisher = {Les éditions de minuit},
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location = {Paris},
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isbn = {978-2-7073-5559-1},
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langid = {french}
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}
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@online{toalProgrammingParadigms,
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title = {Programming {{Paradigms}}},
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author = {Toal, Ray},
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Reference in New Issue
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