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sources/clippings/La persécution du dissensus en Occident.md
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sources/clippings/La persécution du dissensus en Occident.md
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link: "https://dianomenes.wordpress.com/2025/06/24/la-persecution-du-dissensus-en-occident/"
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author:
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- "[[Dianomenes]]"
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published: 2025-06-24
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created: 2025-06-25
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description: "Depuis Socrate jusqu'à la Miviludes, l'histoire intellectuelle et religieuse de l'Occident porte les marques d'une difficulté profonde à tolérer le dissensus. Ce mot, issu du vocabulaire latin (dis-sentire, \"sentir autrement\"), désigne la divergence non seulement d'opinion, mais de sensibilité, de foi, de forme de vie. Si la pluralité est un fait anthropologique, la reconnaissance de…"
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tags:
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- "t/clippings"
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Depuis Socrate jusqu’à la Miviludes, l’histoire intellectuelle et religieuse de l’Occident porte les marques d’une difficulté profonde à tolérer le dissensus. Ce mot, issu du vocabulaire latin (*dis-sentire*, « sentir autrement »), désigne la divergence non seulement d’opinion, mais de sensibilité, de foi, de forme de vie. Si la pluralité est un fait anthropologique, la reconnaissance de cette pluralité comme légitime a, dans notre histoire, constamment été l’objet d’un refoulement, voire d’une persécution.
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**I. Socrate ou le scandale du questionnement public**
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Socrate, figure fondatrice de la pensée occidentale, est aussi le premier martyr du dissensus. Non pas tant parce qu’il contestait l’existence des dieux de la cité, mais parce qu’il introduisait une méthode, l’élenchos (ἔλεγχος), qui minait les certitudes collectives. En rendant visibles les contradictions du discours commun, il produisait une forme de « contagion du doute ». Ce n’était pas une opinion parmi d’autres : c’était une dissolution du consensus par l’interrogation publique.
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**II. De l’hérésie à la secte : Augustin et l’émergence d’une théologie politique de l’unicité**
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Dans *La Cité de Dieu*, Augustin opère un glissement décisif : les *hairesis* grecques (choix philosophiques) deviennent des *sectae* latines, c’est-à-dire des scissions illégitimes du corps de la vérité. L’église ne peut être qu’une, et ce qui s’en éloigne est plus qu’une opinion erronée : c’est une menace pour l’âme, la communauté, et l’ordre même de la cité.
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Ce tournant fait du dissensus non plus un risque philosophique, mais une *pathologie sociale*. L’écart devient non seulement faux, mais dangereux. On passe d’une logique de dialogue à une logique d’exclusion.
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**III. L’Inquisition : modèle médiéval de la vérité unique**
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L’Inquisition, système juridique et religieux institué au XIIIe siècle, est la conséquence logique de cette métaphysique de l’unité. Il ne s’agit plus de convaincre mais de convertir ou de condamner. La dissension n’est plus seulement une erreur : c’est un crime. Le feu n’est pas allumé contre des idées, mais contre ceux qui les portent. Le dissensus est donc traité comme une contagion à éradiquer.
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**IV. Le théâtre politique de la stigmatisation : Arendt et Girard**
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Dans *Les Origines du totalitarisme*, Hannah Arendt montre comment la modernité politique a repris, sous une forme séculière, cette méfiance à l’égard de la différence. Le totalitarisme ne tolère pas le pluralisme : il veut l’unanimisme. Et chez Girard, la mécanique mimétique conduit les groupes à désigner une victime expiatoire, porteuse de l’écart qui menace la cohésion.
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Le dissensus devient alors non pas un enrichissement, mais un ferment de crise : il faut le sacrifier pour que le groupe retrouve une unité factice.
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**V. Miviludes et le soupçon postmoderne**
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En France, la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) incarne une forme contemporaine de gestion du dissensus. Née d’une inquiétude réelle face à certaines emprises mentales, elle glisse parfois vers une suspicion généralisée à l’égard de tout groupe minoritaire non conforme à la doxa républicaine. L’écart y est présumé coupable.
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Le dissensus, loin d’être reconnu comme moteur du débat démocratique, y est souvent réduit à une anomalie à surveiller, voire à normaliser.
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**Conclusion : pour une philosophie de la pluralité assumée**
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L’histoire du traitement du dissensus en Occident invite à repenser le statut de la divergence. Ce n’est pas l’unité qui garantit la vérité, mais la capacité d’une communauté à habiter les tensions internes sans les sacrifier. Contre la tentation de l’exclusion, il faut défendre un ethos du désaccord : une hospitalité envers les voix dissonantes, qui ne sont pas des failles dans la cité, mais peut-être les seuls lieux encore vivants de sa pensée.
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